Alors que les nonagénaires tremblaient sous la canicule la plus tardive qu’il ait été donné de voir en France et que le soporifique derby de l’Atlantique donnait du grain à moudre à Julien Cazarre, j’avais tranquillement rendez-vous avec une folle journée à Rock en Seine, épopée 2016. Invité en grandes sneakers par un généreux mécène dont je tairais le nom – business is business -, la programmation gourmande achevait de me mettre l’eau à la bouche. C’était écrit, la conclusion du festoch’ s’annonçait grandiose…

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L’enfance…

Et oui, alors que tu te tapais, à l’entrée, une bonne heure de queue torse poil à exhiber tes derniers tatoos tribaux et tes muscles brunis par un été sur les plages de l’Île de Ré, je fonçais directement à l’entrée VIP, encadrée par des hôtesses accueillantes, tant par leur sourire policoquin que par leur affriolant 95C. En deux temps, trois mouvements, le bracelet « cashless » était crédité – j’en place une pour Paypal et son système de paiement le moins pratique du monde !- et l’accès du festoch’ ouvert à mes pas chaloupés. « Pas l’temps niaiser » comme dirait les caribous, je voulais voir ce que donnait ce bon vieux crooner de Gregory Porter ; le baryton chapoté s’égosillait sur la scène Cascade, envoyait du « Consequence of love » alors que j’avalais ma première pinte à 7 balles en regardant bovinement un groupe de nanas émoustillées par la voix chaude du jazzman. Une préchauffe assez qualitative mais pas de quoi sauter au milieu de la foule hypstero-familiale qui se dandinait au rythme des accords. Et dire que j’avais déjà raté Maestro et Blues Pills

Le véritable show commençait donc par un retour en enfance, une ode aux teen movies américains sauce American Pie avec l’intronisation sur la grande scène de Sum 41. Et ouais, on a peut-être pas eu la même enfance mais, laisse-moi te dire que, si ce n’est pas le cas, la tienne est ratée ! Ce bon vieux blond décoloré de Deryck Whibley, ancien « compagnon » d’Avril Lavigne et alcoolique notoire, envoyait des riffs à l’ancienne et je fus soudain saisi d’une envie pressante : il me fallait du vernis à ongle noir pour déguiser mes lunules ! Nan, j’déconne, j’attendais juste la clôture du concert qui, après être passé par un remix spécial de Queen, s’achevait en trombe sur un « In too deep » repris par la foule en délire. Ouais, Jimbo, la branlette, c’est dans la chaussette !

L’adolescence…

Le biberon rangé dans l’armoire à souvenir, je vieillis soudainement pour retrouver l’adolescence sur la scène Cascade avec une très jolie performance de Ghinzu. Envoûtant, le chanteur fait péter LA veste en jean blanche sur t-shirt noir et scande de sa voix rocailleuse les titres phares de ces dernières années. Ambiance sympa, public saucé. C’est alors qu’une gentille se retourne vers moi, iPhone 6 en main, Shazam « on » et me demande si je connais le titre du morceau. Je lui conseille directement le www.sncf.com, onglet « donner au train des idées d’avance ». Elle ne comprend pas, me regarde en baissant ses lunettes de soleil et me répond « t’as pris quoi ? ». Ah ces jeunkys…

Trêve de plaisanteries, il se forme soudain derrière moi un nuage de poussière soulevé par des milliers de moutons qui, au lieu de brouter paisiblement le reste d’herbe du Domaine National de Saint-Cloud, se dirigent d’un pas trop alerte vers la scène principale. Je devine qu’une tête d’affiche se prépare. Mais j’avais cependant oublié que le festival invitait des septuagénaires à se produire torse nu… Enfin, un septuagénaire en particulier et pas n’importe lequel : Iggy le roi de la Pop ! Après tout, un mec qui fait une pub aussi chouette pour Amnesty International se doit tout de même d’être respecté :

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Justin, si tu m’entends… #keur

N’en déplaisent au Figaro, aux Inrocks ou encore aux esthètes musicaux de 20 Minutes, le type est en forme mais le set, lui, a pris quelques rides. Bien sûr, je m’éclate toujours autant sur « The Passenger » en guise d’intro ; bien sûr, ça m’amuse de le regarder se dandiner sur son « I Wanna Be Your Dog » mais ça commence à sentir la naphtaline tout ça… Et puis, et puis, y’a Chvrches qui commence son show en même temps…

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Ça faisait déjà trop de choix à faire, trop d’artistes ratés (désolé Miiky Snow, mes excuses Little Simz…), je ne pouvais pas passer encore une fois à côté d’un groupe qu’on a presque découvert sur Chaaabert et qui rythme nos soirées depuis un bon moment. Ainsi, je m’enfonce dans les tréfonds du festoch’ après avoir avalé un dwich jambon / raclette (ça fait toujours zizir par temps de canicule !) pour retrouver le trio de Glasgow en espérant qu’ils jouent plus de leur (excellent) premier album de 2013 (The Bones of What You Believe)  plutôt que le dernier (Every Open Eye). Et c’est une préchauffe de qualité : la nuit qui tombe, les stroboscopes à faire crever un épileptique et leur pop électro dégoulinante par la voix de Lauren Mayberry (#keur). Une belle énergie, des titres « cool night » et un plaisir certain de les revoir évoluer sur scène après leur passage remarqué à la Maroquinerie (coucou !) en 2013. C’est ainsi que je m’évade en douceur de l’adolescence : s’agirait de grandir !

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Puis, le paradis !

Et paf, la scène Pression, celle où Flavien Berger et ses violonistes perchaient la foule vendredi est maintenant habitée par une aura. Une aura norvégienne. Une Aurora que j’attendais de voir depuis si longtemps ! Autour de moi, une foule éparse, vaguement allongée sur l’herbe brûlée et sur des cailloux de terre ; au-dessus de moi, la lumière tombe, la nuit prend place aux côtés de la chanteuse qui s’affiche immense sur la scène. La tête dans les étoiles, avachi, j’écoute le son de sa voix qui roule dans les airs et je plane ! Loin, très loin, la foule vibrante des concerts précédents. Loin, très loin la capitale et ses rues polluées. Las, les mélodies m’absorbent et, d’une variation d’octave, je me retrouve en pleine Norvège, assis sur un cerf qui bat la neige de ses sabots (#tasprisquoi). Je reste ainsi pendant de longues minutes et, lorsque je rouvre les yeux, je suis entouré de milliers de personnes. Toutes debout, toutes chancelantes, toutes ensorcelées par ce qui se passe sur scène.

Je me redresse enfin, désireux d’apercevoir celle qui berce mes états d’âme avec ces sonorités nordiques. Et je la vois, là, à quelques dizaines de mètres, vibrant sur la musique, clamer son amour au monde qui l’entoure, ses peurs, ses doutes. La scénographie est simple mais brillante, les musiciens sont sobres mais tellement en place et, elle, éblouit le festival des mouvements de ses bras, du rythme de ses hanches, de ses mots qui s’envolent si loin devant le micro. Une présence scénique qui n’a d’égale que la délicatesse de sa voix. Elle est là, la vraie surprise de cette cuvée 2016 ! Retiens ce nom, elle sera bientôt l’égale des plus grandes et si tu n’as rien à faire ce soir, un conseil : branche tes meilleures enceintes, réserve un doigt d’herbe à tes poumons et écoute, écoute à perdre haleine. Ca y est, tu y es, tu perds pied…

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Cassius, Foals, ligne 9 et à l’année prochaine !

Quelle claque ! De l’adolescence, j’ai pris un raccourci direct vers le paradis… Pourtant, Aurora annonce la fin du concert. Elle remercie le public de sa voix fluette, presque gamine, nous parle d’amour, encore, et quitte la scène sous un tonnerre d’applaudissements. Les festivaliers demeurent encore de longues minutes imprégnés de ce qu’ils viennent de vivre. Ils déambulent jusqu’à la scène Cascade tels des zombies et ne se réveillent qu’au milieu du set de Cassius. Cassius quoi ! Toujours au bon endroit, au bon moment et, la vérité, ça fait plaisir ! Egaux à eux-mêmes, ils ta-bassent, ils loopent, ils samplent, croisent et décroisent les boucles, bref, ils font le taffe ! Seul bémol pour eux, à 30 minutes de la fin du live, le public fuit discrètement vers un autre endroit, avide de réserver une bonne place pour ce qui s’apparente au feu d’artifice final : le concert de Foals !

C’est la sixième ou septième pinte que j’engloutis et je n’ai plus vraiment besoin de me coller aux autres pour savourer. Je m’assois gentiment sur la petite colline qui jouxte la partie droite de la scène. D’ici, je vois tout. D’ici, je peux regarder, écouter, danser, m’allonger. Après la Flèche d’Or, la Maroquinerie (coucou !) et différents clubs parisiens en live ou en DJ set, les voilà enfin consacrés par leur présence à Rock en Seine. « C’est une soirée spéciale pour nous ce soir. Merci de nous avoir porté jusque-là ! » s’exclame, dans une émotion palpable, Yannis Philippakis, du haut de son mètre trente-trois. Après avoir dédicacé un petit « Late Night » des familles au public, il s’excuse au nom de tous les britanniques pour la sortie de piste et scande, visiblement touché, un sentimental « Vive la France ! ». Ce qui est impressionnant avec Foals, c’est que leur son emplit tout l’espace à l’entour, fait se sentir absent, comme broyé, absorbé dans une faille spatio-sonore où le bruit n’a plus de raison d’être. Avant dernier morceau surprise avec une reprise du tubesque « Cassius » – cassdédi au DJ ? – extrait de leur premier album, un « il faut que ça soit sauvage » envoyé au public et un tonnerre d’applaudissement pour ce show-clôture de ce qui semble être un très bon cru Rock en Seine.

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Il ne me reste que la ligne 9 pour redescendre et la nuit pour ressusciter. J’étais au paradis pendant quelques heures, demain, je retournerai au boulot pour quelques jours ! Merci à toi secret mécène, merci pour tout …. =>

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Le Martien

 

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